Entre les branches

Les aventures d'une enseignante francophone

La relecture et l’explication de texte

L’article de Teach Thought (en anglais) "What Close Reading Actually Means" décrit en grand détail le processus de faire une explication de texte réussie.  Bien que le terme "close reading" soit généralement réservé aux études universitaires, l’auteur Grant Wiggins affirme qu’on devrait  commencer à se servir de ces stratégies dès le primaire.

J’aime surtout son analyse de la nature de l’explication de texte:

"L’explication de texte = relecture + inférence pertinente" (extraits traduction libre).

En plus de se servir de la taxonomie de Bloom, les enseignantes et les enseignants pourraient se servir des éléments de la lecture approfondie pour créer des activités qui ramènent les élèves directement au texte.  Il donne l’exemple de la question suivante:

"Avez-vous déjà été pris(e) dans un piège comme dans l’histoire ou avez-vous déjà joué un tour sur quelqu’un? Pourquoi avez-vous fait cela ou pourquoi l’autre personne l’a-t-elle fait?"

Cette question ne demande aucune relecture pour pouvoir répondre.  À l’inverse, il présente la question:

"Des vrais amis se jouent-ils des tours? La grenouille dans l’histoire est-elle vraiment une bonne amie?"

Le second exemple encourage l’élève à relire (ou au moins à réfléchir sur) le texte.

Dans mon expérience, la plupart des élèves hésitent de relire le texte croyant fermement qu’une fois suffit.  Peut-être que la composition des questions en plus des rappels verbaux pourraient les encourager à développer cette habitude.

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La narration hautaine de Maria Chapdelaine

Le succès inimaginable de Maria Chapdelaine se manifeste aujourd’hui par la présence des musées, des noms de rues et même un compté  nommé pour l’héroïne du roman par Louis Hémon.  Publié en 1914, Maria Chapdelaine a été traduit en plusieurs langues et publié en plus de 250 éditions.

Mes élèves sont en train de découvrir cette histoire dans le cours de français et même s’ils  ne sont pas passionnés par les descriptions de la vie rurale d’il y a cent ans, ils trouvent l’histoire d’amour accrochant.  Quant à moi, c’est ma première lecture de ce roman si révéré et je suis frappée par l’arrogance de la narration.

Hémon, un français qui a habité plusieurs régions du Canada avant son décès à l’âge de 32 ans, crée un portrait juste de la vie des habitants canadiens-français.  Il décrit leurs coutumes, leur langue, leurs traditions et leurs croyances en grand détail, se basant sur ses propres expériences dans cette région.  D’un point de vue historique, j’apprécie la richesse de détail qui permet aux élèves de se former une idée de la vie à cette époque. Pourtant, je ne peux pas le lire sans entendre le ton prétentieux d’un anthropologue étudiant une société "primitive":

Jeunes ou vieilles, jolies ou laides, elles étaient presque toutes bien vêtues en des pelisses de fourrure ou des manteaux de drap épais: car pour cette fête unique de leur vie qu’était la messe du dimanche elles avaient abandonné leurs blouses de grosse toile et les jupons en laine du pays, et un étranger se fût étonné de les trouver presque élégantes au coeur de ce pays sauvage, si typiquement françaises  parmi les grands bois désolés et la neige, et aussi bien mises à coup sûr, ces paysannes, que la plupart des jeunes bourgeoises des provinces de France.

Ce faux compliment au sujet de ces Québécoises « presque élégantes » assure leur infériorité aux Françaises, qu’Hémon utilise comme standard de mode et de culture.  D’ailleurs, il traite Maria de "coeur simple" à plusieurs reprises.  Il pardonne les habitants leur ignorance, faisant souvent des excuses pour leur comportement:

Lorsque les Canadiens français parlent d’eux-mêmes, ils disent toujours Canadiens, sans plus; et à toutes les autres races qui ont derrière eux peuplé le pays jusqu’au Pacifique, ils ont gardé pour parler d’elles leurs appellations d’origine: Anglais, Polonais, ou Russes, sans admettre un seul instant que leurs fils, même nés dans le pays, puissent prétendre aussi au nom de Canadiens. C’est là un titre qu’ils se réservent tout naturellement et sans intention d’offense, de par leur héroïque antériorité.

Je ne reproche pas Hémon d’avoir fait ces observations.  Ce qui m’inquiète c’est la place qu’on lui a accordé dans l’identité collective de la région.  Cela me rappelle l’omniprésence de l’Évangeline de Longfellow dans la culture acadienne en Nouvelle-Écosse (dont  je suis originaire).  Je me souviens de ma grande déception en découvrant que ce plus grand symbole de mon identité francophone était créé par un Anglais!

La perspective plutôt objective d’un observateur externe peut permettre la création d’un portrait plus complet que quelqu’un qui décrit son propre quotidien.  Pourtant, il est dangereux de laisser définir son identité culturelle par autrui.

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Sondage sur les stratégies de révision

graphiqueAprès un test d’histoire, j’ai décidé de sonder les élèves sur les différentes ressources qu’ils ont utilisées pour étudier.  J’étais bien fière de moi-même car j’avais créé divers outils pour eux et rassemblé des ressources variées.  Je voulais savoir quelles ressources les élèves trouvaient les plus utiles et comment je pouvais améliorer le cours pour eux.  Il m’arrive d’avoir ce genre de conversation avec les élèves de temps en temps mais les commentaires sont très généraux d’habitude et ne mènent pas souvent à de grandes révélations.  J’espérais que la structure et l’anonymat du sondage donneraient un meilleur portrait de leurs besoins.

J’étais très contente de voir que presque tous les élèves avaient répondus.  À ma grande déception, pourtant, j’ai découvert que les élèves ne se servaient pas de la plupart des ressources que j’avais créées.  Par contre, une ressource que je venais juste de mettre sur pied (un compte PB Works) était la ressource préférée de 100% des répondants!  Lors de la suivi que j’ai fait en classe, les élèves m’ont expliqué qu’ils n’aimaient pas fouiller dans plusieurs sites Web pour étudier.  Par exemple, j’avais des messages et des nouvelles dans un site Web de classe, des fichiers dans PB Works et des liens complémentaires dans Delicious!

Effectivement, il était beaucoup plus simple de tout réunir les directives, les fichiers et les liens dans une série de pages et de dossiers PB Works.   Les élèves ont un meilleur accès à toutes les ressources et j’ai moins de comptes  à gérer.  C’était un accord gagnant-gagnant.

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Une année mouvementée

Photo de Terre-Neuve, prise de l'espace par le Col. Chris Hadfield https://www.facebook.com/AstronautChrisHadfield

Photo de Terre-Neuve, prise de l’espace par le Col. Chris Hadfield

Me voilà de retour à Terre-Neuve-et-Labrador depuis janvier.

J’ai beaucoup apprécié travailler avec les étudiants à l’Université de l’Alberta et je suis très reconnaissante des nouveaux apprentissages que ce poste m’a accordé. Malheureusement, j’ai dû quitter mon poste après une session pour de raisons que je ne pourrai pas discuter dans ce blogue en ce moment.

En revanche, j’étais très contente de retrouver mes anciens élèves de l’intermédiaire (maintenant rendus au secondaire). Je suis maintenant enseignante de français, anglais et histoire au secondaire. Comme mon prédécesseur (une excellente enseignante très dévouée) s’est fait offrir un poste au conseil, j’ai vu l’occasion de réintégrer mon ancienne école.

Mes premiers mois étant passés en mode survie, je n’ai pas eu le temps de relancer le blogue mais mieux vaut tard que jamais.  Restez à l’écoute pour les détails sur l’intégration des TICs dans la classe (grâce à un beau projet que j’ai hérité).

À très bientôt!

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The Noun Project – Une langue universelle

Earth designed by Thibault Geffroy from The Noun Project

L’utilisation des icônes est un moyen efficace d’inclure les élèves ayant un trouble d’apprentissage non verbal et les élèves en langue seconde.  On peut s’en servir pour faciliter la communication orale ou pour rendre le matériel écrit plus clair.  Il s’agit d’un excellent outil de différenciation.

Au site The Noun Project, une équipe formée surtout de bénévoles vise à créer une langue visuelle et universelle, en traduisant tous les noms au monde en icônes. Les icônes  sont disponibles sous une licence de paternité Creative Commons  au site http://thenounproject.com/fr/ (site partiellement traduit en français).

En servez-vous des images pour différencier?

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Coucou!

J’avais l’intention de prendre des vacances de blog cet été, le temps de m’installer à Edmonton et de m’habituer à mon nouveau poste mais nous voila déjà au mois d’octobre! Enfin, une routine commence à s’installer et je crois pouvoir trouver le temps d’écrire de nouveau.

J’ai pris la décision de continuer à bloguer en français, même si mon travail est maintenant en anglais.  Je préfère garder ce contact avec le milieu francophone et, comme on me l’a déjà remarqué, les pages Web sont facilement traduites.

Un gros merci à tous mes lecteurs et à toutes mes lectrices qui continuent à me suivre!

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Nouveau poste

Je suis maintenant formatrice de stratégies cognitives (cognitive strategies instructor) à l’université de l’Alberta.

Je vais continuer à travailler ce blog mais j’ai un choix à faire au sujet de la langue: changer au français pour pouvoir inclure mes nouveaux collègues et étudiants, continuer en français pour garder mon public ou créer un nouveau blog puis partager mon temps entre les deux.

Suggestions?

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Bonnes vacances et la recherche d’emploi

Bonnes vacances!

J’espère que vous avez passé une année scolaire productive et que ce blog vous a fait réfléchir un peu sur l’enseignement et l’apprentissage. En écrivant, j’ai pu examiner mes propres pratiques et approfondir mes connaissances.  Que les vacances vous apporte beaucoup de bonheur et l’occasion de vous détendre un peu avant de préparer la nouvelle année scolaire.  Quant à moi, je n’ai plus de cours, mais je ne suis pas tout à fait en vacances.  J’ai eu l’honneur de décrocher un contrat pour rédiger le document d’appui pour le programme de francisation à mon conseil scolaire.

Mon conjoint et moi avons pris la décision difficile de déménager à Edmonton (en Alberta, où la plupart des Terre-Neuviens  se trouvent en ce moment).  Je me trouve donc à la recherche d’emploi pour la première fois depuis que j’enseigne… je croise les doigts! (En passant, si vous connaissez des débouchés en éducation ou un domaine connexe, j’en serais très reconnaissante.)

Il n’y aura pas de nouveaux articles pendant le mois de juillet, pour que je consacre mon temps au contrat et aux demandes d’emploi.  Je vous donnerai de mes nouvelles au mois d’août.

À la prochaine!

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La fossilisation des erreurs

À l’école, certaines erreurs sont devenues des expressions courantes parmi les élèves.  J’ai tenté de corriger quelques unes cette année, soit "C’est mon/ton/son." pour "C’est le mien/tien/sien" et l’utilisation du mon anglais "get" pour remplacer toute une gamme de verbes en français.  Malgré le fait que la plupart des élèves comprennent la forme correcte et peuvent souvent s’autocorriger sur demande, ces erreurs continuent à casser les oreilles des enseignants.

Pourquoi? Ce phénomène s’appelle la fossilisation des erreurs.  Il  À force d’entendre la forme fautive, les élèves s’en habituent et l’oreille se développe en conséquence.  Donc, pour les élèves, la phrase "Je dois get mon cahier" est aussi normale et naturelle que "Je dois chercher mon cahier."

Comme toute habitude, il faut investir beaucoup (beaucoup, beaucoup…) plus d’effort à casser une habitude que pour la créer (hélas!) Évidemment, il vaut mieux corriger l’erreur avant qu’elle ne se fossilise mais jusqu’à quel point peut-on corriger sans limiter l’expressivité.  Il faut garder l’équilibre entre le droit à l’erreur et la correction pour aider les élèves à s’améliorer sans perdre le goût de s’exprimer.

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De victime à intimidateur | Infobourg.com

Infobourg.com nous présente le cas de Simon, un Victime devenu agresseur, et de sa rehabilitation.

Je crois fermement que pour éliminer le taxage à l’école, il faut se concentrer sur les agresseurs. Les punitions ne peuvent pas régler le problème. Au minimum, une politique de zéro tolérance basée sur la punition ne fait que rendre l’intimidation moins visible en poussant les incidents hors du terrain de l’école où on n’a pas de contrôle. Pour arrêter le taxage, il faut plutôt découvrir la cause des actions de l’agresseur. Toute intervention qui n’adresse pas la source de l’intimidation manquerait son coup.

L’article d’Infobourg présente une perspective intéressante que je n’avais jamais considéré. On déconseille la médiation entre victime et agresseur:

On ne demanderait pas à une femme battue de faire de la médiation avec son mari violent, ça laisse entrevoir qu’elle a quelque chose à voir là-dedans.

Encore une autre raison de vouloir se concentrer sur la réhabilitation de l’agresseur.

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