Entre les branches

Les aventures d'une enseignante francophone

Réflexions sur les appareils mobiles en classe

Image gracieuseté du compte Flickr English 106: http://www.flickr.com/photos/english106/

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Selon moi, la prolifération des TICs, particulièrement les appareils mobiles, présentent énormément de possibilités quant à l’inclusion des élèves en difficulté.  Loin de nier à l’apprentissage de la grammaire et de l’orthographe, comme le déplore un grand nombre d’adultes, l’utilisation de la messagerie texte (le SMS ou les textos) n’a aucun effet négatif sur la qualité du français écrit[1].  Au contraire, grâce aux textos, les jeunes écrivent davantage, bénéficient d’un correcteur orthographique[2] et développent plus de souplesse autour de la langue.  Pour les élèves en difficulté en particulier, la messagerie texte présente des grands avantages en salle de classe.  Il s’agit d’un moyen de communication pour les élèves sourds ou malentendants.  De même, les élèves ayant des difficultés de la parole se sentent souvent plus à l’aise à communiquer par texto qu’à l’oral.

En exploitant les appareils mobiles en salle de classe, ma collègue a remarqué un « renversement du pouvoir » dans la classe.  Tout d’un coup, des élèves en difficulté se trouvaient parmi les premiers à répondre aux questions. De ma part, je travaillais avec un élève présentant une déficience légère qui se trouvait très à l’aise au clavier de son iPod.  En effectuant ses travaux à l’aide d’une tablette, il a écrit beaucoup plus ces productions écrites qu’il aurait produit à la main ou même au clavier de l’ordinateur.  Il a également bénéficié des applications qui l’aidaient à taper moins et qui lui suggérait des combinaisons de mots.

Si on se plaint du fait que les élèves sont « gâtés » par la technologie, qu’ils « perdent leur temps » à envoyer des textos et qu’ils sont « distraits » par leurs appareils mobiles en classe, on se prive de l’occasion d’aider les élèves en difficulté, ainsi que tous les élèves.

Par contre, il est vrai que les appareils mobiles sont un outil à double tranchant.  La tentation de vérifier ses réseaux sociaux, envoyer des textos et feuilleter dans Internet est souvent trop forte pour les élèves.  De même l’intimidation devient de plus en plus envahissante et les élèves peuvent se servir de leurs appareils en classe pour commettre de la cyberintimidation.  Pourtant, ces comportements ne sont pas nouveaux.  Les élèves se disposent de méthodes de pratiquer l’intimidation et de se distraire de la tâche depuis que l’éducation formelle existe. La solution demeure de garder les élèves engagés.  Si on leur demande une utilisation fréquente de leurs appareils à fins pédagogiques, on peut minimiser ces distractions.


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The Noun Project – Une langue universelle

Earth designed by Thibault Geffroy from The Noun Project

L’utilisation des icônes est un moyen efficace d’inclure les élèves ayant un trouble d’apprentissage non verbal et les élèves en langue seconde.  On peut s’en servir pour faciliter la communication orale ou pour rendre le matériel écrit plus clair.  Il s’agit d’un excellent outil de différenciation.

Au site The Noun Project, une équipe formée surtout de bénévoles vise à créer une langue visuelle et universelle, en traduisant tous les noms au monde en icônes. Les icônes  sont disponibles sous une licence de paternité Creative Commons  au site http://thenounproject.com/fr/ (site partiellement traduit en français).

En servez-vous des images pour différencier?

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De victime à intimidateur | Infobourg.com

Infobourg.com nous présente le cas de Simon, un Victime devenu agresseur, et de sa rehabilitation.

Je crois fermement que pour éliminer le taxage à l’école, il faut se concentrer sur les agresseurs. Les punitions ne peuvent pas régler le problème. Au minimum, une politique de zéro tolérance basée sur la punition ne fait que rendre l’intimidation moins visible en poussant les incidents hors du terrain de l’école où on n’a pas de contrôle. Pour arrêter le taxage, il faut plutôt découvrir la cause des actions de l’agresseur. Toute intervention qui n’adresse pas la source de l’intimidation manquerait son coup.

L’article d’Infobourg présente une perspective intéressante que je n’avais jamais considéré. On déconseille la médiation entre victime et agresseur:

On ne demanderait pas à une femme battue de faire de la médiation avec son mari violent, ça laisse entrevoir qu’elle a quelque chose à voir là-dedans.

Encore une autre raison de vouloir se concentrer sur la réhabilitation de l’agresseur.

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La musique et la concentration

Une expérience avec un élève la semaine passé ma rappelé un article par Élona Hartjes du blog Teachers At Risk.

Je travaillais avec un élève qui éprouve beaucoup de difficulté à se concentrer, au point où il peut à peine suivre le fil d’une conversation.  Il complète son travail difficilement et je dois constamment le ramener à la tâcher.  Pendant cette session je l’aidais avec du travail de classe.  Il a remarqué mon portable allumé et il a demandé si je pouvais jouer de la musique pour lui.  Je lui ai répondu qu’on pouvait seulement écouter de la musique s’il complétait son brouillon.  Une fois complété, j’ai mis de la musique pour lui et, à mon grand étonnement, il a complété sa bonne copie avec une rapidité et une concentration exceptionnelles!

J’ai eu de résultats semblables au passé avec une élève maintenant au secondaire.  Ses difficultés de concentration semblent s’améliorer si elle a le droit d’écouter sa musique.

Mme Harjes propose l’hypothèse que, pour les élèves ayant des difficultés à se concentrer, la musique crée du bruit de fond constant qui leur permet de se mettre à la tâche  sans se faire distraire par le bruits de la salle de classe et des autres élèves.

music acts like white noise in the background preventing students from noticing every other little noise that usually distracts them. Some kids can’t tune out things like a pencil dropping or someone asking a question.

Mme Hartjes nous avertit, par contre, que plusieurs appareils mobiles comme le iPod Touch permettent aux élèves non seulement d’écouter la musique mais d’accéder à Internet, envoyer des textos et jouer des jeux.  Ainsi, ces appareils risquent de  distraire  l’élève au lieu de l’aider à se concentrer. Je ne suis pas contre les appareils mobiles à l’école mais il faut s’assurer que leur utilisation en classe soit lié à la tâche. Elle inclut également des lignes directrices pour utiliser la musique en classe sans que cela devient un problème de gestion de classe.

Avez-vous des élèves qui se concentrent mieux à l’aide de musique?

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Dyspraxie, dysgraphie, dysphasie, dyslexie… apprendre le clavier

Taper un texte à l’ordinateur au lieu d’écrire à la main peut beaucoup aider les élèves en difficulté à produire un texte plus lisible grâce à la correction d’orthographe et au fait que la calligraphie n’entre plus au jeu.  Je remarque, toutefois, que plusieurs d’entre ont autant de difficulté à taper qu’à écrire. Le processus de trouver les lettres au clavier et de choisir le bon mot dans le correcteur peut être long et ardu.  Il existe des logiciels pour aider, comme Word Q mais les logiciels ne sont pas toujours disponible et prennent une formation pour bien l’exploiter.

Le blog Dysmoi présente une liste de logiciels pour aider les élèves dyslexiques, dysgraphiques, dyspraxiques, dysphasiques (ou tout autre élève) à apprendre le clavier.

À cette liste, je voudrais ajouter (avec plusieurs réservations) l’application Android SwiftKey.  Cette application remplace le clavier par défaut de la tablette ou du téléphone intelligent Android, rendant les touches plus accessibles.  Encore mieux, ce clavier apprend le style de l’utilisateur et se rappelle des combinaisons de mots fréquents.  Ainsi, l’application prédit le prochain mot de l’utilisateur et offre trois possibilités au-dessus du clavier. Un élève ayant de la difficulté à écrire peut donc choisir la plupart de ses mots, au lieu de les taper (en faisant la correction d’orthographe en même temps!) J’ai un élève qui s’en sert pour écrire ses textes en français et produit beaucoup plus grâce à cette application.

Pourtant, j’ai fait l’essai avec deux autres élèves sans grand succès.  Pour un, son orthographe est tellement loin de la norme que Swiftkey ne réussit pas à deviner ses mot.  Pour l’autre, il trouve écrire à un écran tactile trop ardu, préférant le clavier d’ordinateur.

Je recommande quand-même cette application pour les élèves technophiles éprouvant des difficultés de langue.   Il est payant (moins de 5$) mais on peut télécharger une version mise en essai avant de déterminer s’il vaut la peine.

Quels logiciels recommandez-vous?

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Enseigner la bouche fermée

Image gracieuseté de Denise Rowlands

Je l’avoue : j’adore parler.  Je suis très à l’aise devant une classe, on m’a déjà fait plusieurs compliments sur mes discours et j’hésite rarement à donner mon opinion en conversation. En corrigeant mes billets de blog, j’essaie toujours de minimiser le nombre de mots pour ne pas trop ennuyer mes lecteurs.  C’est pourquoi mon plus grand défi en enseignant est d’apprendre à me taire.

On peut être dynamique sans être engageant. Ce ne sert à rien de faire les plus belles explications au monde si l’élève n’apprend pas à l’appliquer. L’ancien modèle de transmission du savoir n’est plus pertinent à l’ère informatique.  Si on veut bien préparer les élèves pour le monde d’aujourd’hui, ils doivent être membres actifs de leur apprentissage.

En travaillant un-à-un avec des élèves en difficulté, je me rends compte à quel point on peut les sous-estimer en classe, où on cherche à maintenir le rythme et les autres élèves n’hésitent pas à venir à sa rescousse.  Petit à petit, je m’entraîne à ne pas leur fournir le mot lorsqu’ils hésitent en lisant ou leur donner la bonne réponse à une question devant un silence qui me semble interminable.  Ce n’est pas facile. Je crie intérieurement, en faisant bouger mes orteils dans mes souliers et tourner ma langue dans ma bouche. Mais pendant ces moments agonisants, il arrive quelque chose de surprenant : l’élève se débrouille! Après quelques essais, il finit par décoder le mot ou répondre à la question. C’est étonnant à quel point l’élève démontre ses capacités si je fais preuve de patience.

Parfois, il faut donner sa langue au chat et emprunter les oreilles de l’éléphant.

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La police et la dyslexie

Étant donnée les besoins de mes écoles, ma tâche d’enseignante de francisation inclut plusieurs éléments d’orthopédagogie pour certains élèves éprouvant des difficultés sur le plan langagier.  Ainsi, je travaille avec quelques élèves dyslexiques pour pratiquer la lecture et l’écriture en français.

C’est en travaillant Les mots, les expressions et la question de la semaine de cette semaine avec l’un d’entre eux que je me suis rendu compte que l’élève ne distinguait pas entre la définition du mot et l’exemple qui suivait. Je lui ai donc expliqué que la phrase en italique était une exemple.  Il a regardé les deux phrases de près et m’a annoncé qu’il ne voyait vraiment pas de différence entre ces caractères.

Oups! Madame avait de l’apprentissage à faire.  Je savais déjà que certaines polices de caractères facilitent la lecture pour les élèves dyslexiques mais je n’avais pas pensé au fait que les caractères italiques pouvaient poser un problème pour eu.  L’article Police de caractères utile (aide à la lecture) du blog Dysmoi m’a confirmé qu’en effet, ce genre de caractères se distingue difficilement pour eux:

« Éviter l’italique, préférer le gras, le changement de couleur ou le grossissement pour mettre en évidence. »

Compris!

D’ailleurs, je viens d’apprendre comment changer la police (que je ferai dorénavant) pour les articles destinés aux élèves.  J’aurais dû le faire depuis un certain temps. 

Vive le progrès!

@jeffjleblanc a bien noté que ma citation est était italique.  Il s’agit du format automatique des citations de mon thème WordPress.  Je l’ai changé par souci de l’inclusivité.

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Le code de vie et le SW-PBS

Nous sommes en train de travailler notre code de vie pour le rendre en lien avec la politique de School-Wide Positive Behaviour Supports (SW-PBS).  En bref, il s’agit d’enseigner et de reconnaître le bon comportement, de corriger au lieu de punir et mettre en place des conséquences logiques et prévisibles.

En général, je trouve le système très bien mais j’ai une réserve: il faudrait faire attention de ne pas trop mettre l’accent sur les récompenses matérielles.

En passant, quelqu’un a une bonne traduction? Je n’ai trouvé que « Programme de discipline appliqué à l’ensemble de l’école ».

Quelques ressources sur le SW-PBS (tous en anglais):

http://www.pbis.org/ Un site Web dédié au PBS avec une vidéo d’introduction au sujet

PBS Factsheet Un document FAQ

Inclusive Education PD Ressources Toute une formation en ligne (conçu pour les enseignants de l’Alberta)

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L’inclusion et la différenciation

Photo gracieuseté de Sharon Drummond

Cette semaine les « madames de l’inclusion » sont venues rendre visite au personnel d’une de mes écoles pour faire une formation sur l’inclusion et la différenciation. Cette école fait partie de la troisième phase de l’inclusion à l’échelle de la province, qui vise à créer un système scolaire plus inclusif. Jusqu’à un certain point, tous les enseignants pratiquent déjà l’inclusion. Nous n’avons jamais eu de classes ségrégées pour les élèves en difficulté et des élèves atteints de divers troubles ont pu participer à la vie scolaire en classe régulière. Ainsi, le changement le plus important porte est de limiter le retrait des élèves pour faire de l’orthopédagogie, privilégiant l’appui dans la salle de classe.

Pour ce faire, on nomme l’enseignement différencié comme stratégie par excellence. Là aussi, les enseignants le pratiquent déjà.  Les classes multiniveaux  rendent la différenciation essentielle. Il faut tout simplement faire un pas de plus pour reconnaître la diversité des compétences et capacités des élèves d’un seul niveau.

Le blog  Differentiation Daily (en anglais) donne régulièrement des astuces pour pratiquer la différenciation en salle de classe.  J’ai particulièrement aimé le lien vers un article de Douglas Reeves From Differentiated Instruction to Differentiated Assessment (anglais) sur l’évaluation différenciée et le menu de devoirs.

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Les jeunes et la lecture: faut-il imposer des oeuvres « de qualité »?

La question du choix de livres à l’école est paru dans mon fil de Twitter cette semaine, un sujet qui me tient toujours à coeur. Il ne s’agit pas d’un problème récent. Le roman lui-même a jadis été vu comme basse et sensationnaliste!

Dans le blogosphère, Kaze à 3:17am soulève la question des garçons et la lecture: Let Them Read Junk (en anglais). D’une part, il compare la culture populaire courante (jeux vidéo, films, etc.) à la cocaïne, expliquant qu’il faut cultiver le goût de la lecture très jeune pour que jes enfants et les ados puissent continuer à choisir la lecture comme activité parmi l’environnement surstimulant créé par la société.  D’autre part, il compare la bédé, la science-fiction et les romans à la malbouffe tout en insistant qu’il faut leur donner carte blanche de lire ce qui leur intéresse.

De son côté, Lain Ehmann du Parenting Squad emploie la même comparaison dans son article Let Them Read Junk? (en anglais). Ici, Le point d’interrogation trahit son opinion.  Elle prétend avoir une opinion mixte à ce sujet, mais finit par se prononcer carrément contre la « malbouffe littéraire » à l’école:

Is there a place for Gossip Girl? Yes, definitely. But not in the classroom.

Ehmann n’est pas contre la lecture de ces oeuvres, mais elle insiste qu’il faut exposer les jeunes aux classiques pour leur culture générale.

De sa part, Kathy Ceceri offre de bonnes stratégies pour doucement inciter les jeunes de faire le saut à la grande littérature. http://www.craftsforlearning.com/read%20junk.htm. Cette approche me semble la meilleure.

J’aime mieux voir les jeunes engagé que de dire que la lecture est plate.  Si je crois qu’une oeuvre véhicule un mauvais message, je prends cela comme tremplin de discussion. L’important est d’entammer la conversation.

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